Règle numéro 2 (le retour) : courage, fuyons le crédit (à la consommation)…

Lu ce jour dans Capital, journal pourtant à priori respectable, une interview d’un “leader” en page 7 :

Capital : Que pensez-vous de la proposition du sénateur Marini de limiter par une loi le crédit à la consommation ?
Philippe Houzé : Ce serait une terrible erreur, héritage de la tradition judéo-chrétienne selon laquelle faire de l’argent en prétant de l’argent est malsain. Il ne faut surtout pas oublier que le crédit est un des moteurs fondamentaux de l’économie.

Qui est Philippe Houzé, ce “leader” (“Wikipédia n’a pas d’article avec le nom exact Philippe Houzé”)? Le président du directoire du groupe Galeries Lafayette. Ce groupe possède aussi (d’après son site Internet) entre autres, LaSer. Cette société est une propriété conjointe à 50-50 du groupe Galeries Lafayette et de Cetelem (groupe BNP Paribas), et est (toujours d’après son site Internet) le numéro 3 français du crédit à la consommation.

Evidemment, un banquier ne va jamais vous dire que le crédit c’est mal ! C’est son métier qu’il mettrait en jeu. Dans ce sens, M. Houzé joue son rôle.

Maintenant, que dire de cet “héritage de la tradition judéo-chrétienne selon laquelle faire de l’argent en prétant de l’argent est malsain” ! Je reste attéré qu’une personne de la stature d’un président de directoire en soit à ce niveau.

Tout d’abord le judéo. La relation des juifs et de l’argent (et du crédit) a admirablement été démythifier par Jacques Attali dans le livre Les Juifs, le monde et l’argent. Les Juifs ont été pendant très longtemps les seuls autorisés à préter de l’argent.

Ensuite le chrétien. Il est clair et assumé que pendant longtemps, le clergé (catholique) fait se détourner ses fidèles des biens de cette Terre (qu’il s’approprie à outrance) et leur impose une pauvreté vécue comme une richesse intérieure. La Réforme ouvre de nouvelles perspectives et fait naitre le capitalisme. Max Weber, dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, décrit l’émergence du capitalisme dans les pays qui sont ou deviendront protestants (États-Unis, Allemagne, Suisse, Grande-Bretage entre autres).

Donc pour ce qui est de la fameuse tradition judéo-chrétienne, on est en retard de quelques siècles…

D’autre part, mon avis est que ce n’est pas le crédit qui est un des moteurs de l’économie (évidemment c’est important pour le président d’un organisme de crédit de le dire), mais la consommation ! Or la consommation à crédit fait le bonheur des organismes qui prêtent cet argent. Et encore plus de sociétés comme les Galeries Lafayette. Pensez donc ! Vous avez envie d’un produit aux Galeries Lafayette, vous n’avez pas l’argent pour l’acheter, alors vous sortez votre carte Cofinoga… Et tout le monde y gagne (sauf vous) : les Galeries Lafayette car elles ont vendu un produit (cher) et LaSer car elle va financer (cher) votre achat pendant plusieurs mois et donc vous imposer des intérêts parfois quasi usurier, uniquement fondé sur votre fièvre acheteuse !

Vous doutez ? Lu sur le site de Cofinoga :

 Le TEG promotionnel de 6.9% s’applique pendant 6 mois, à compter de la date de signature du contrat, sur la totalité de l’encours du compte pendant cette période. Au-delà de ces 6 mois, tous les financements s’effectueront au TEG contractuel révisable en vigueur à cette date (20.71% au 01/12/2008).

20,71% !!!! le TEG, c’est le Taux Effectif Global, c’est-à-dire le coût total de votre crédit… Imaginez qu’un livret A vous rapporte 4% alors que votre crédit vous coûte 20% ! Pas besoin de faire Polytechnique pour comprendre qu’il faut mieux être prêteur qu’emprunteur.

Un rappel : si vous craquez pour un objet à 1000 Euros et que vous contractez un crédit avec un TEG de 20,71%, il vous en coutera 92,97 Euros par mois pendant 12 mois (si vous remboursez en 12 mois), soit au total 1115,64 Euros, hors assurance ! Il vous faudra, au contraire, moins de 11 mois d’économie si vous mettez 92,97 Euros de côté tous les mois (sans compter les intérêts générés).

Je vous laisse sur cette mathématique admirable de M. Houzé :

Pour favoriser la relance, il faudrait déduire des impôts les intérêts des crédits à la consommation… l’Etat français y serait gagnant, car il retrouverait dans le surplus de TVA sur la consommation ce qu’il perdrait dans l’impôt sur le revenu.

Belle dialectique et admirable mathématique permettant de faire fructifier les affaires de M. Houzé ! Exemple :

  • Vous achetez un produit 1000 Euros à crédit à 20,71% de TEG
  • Il lui coûte en fait 1115 Euros (j’arrondis), mais l’état vous fait économiser 115 euros d’impôts, donc vous n’avez payé que 1000 Euros.
  • L’état perçoit 163,88 Euros de TVA (le produit acheté coûte 836,12 Euros hors taxe)
  • Net, l’état gagne 48,88 Euros (163,88 – 115), la société de crédit 115 euros et vous un nouveau produit au moment où vous le vouliez

Pourquoi cette mathématique est trompeuse ? Car elle part du principe que vous allez pouvoir faire face à vos échéances, et elle vous berce de l’illusion que le crédit ne vous coûte rien ! Or, entre le moment où vous allez contracter le crédit et celui où vous allez avoir votre crédit d’impôt, plus d’un an peut s’écouler. Pendant ce temps, il aura fallu payer les intérêts à l’organisme de crédit et vous continuez à vous enfoncer dans la spirale du crédit. Sans compter que l’on ne prête qu’aux riches, donc on continue à marginaliser une grande majorité de Français.

Donc ce faisant, vous faites le lit douillet des organismes de crédit et continuez à entretenir un système qui a montré ses limites avec les subprimes aux US.

Voilà un billet un peu long, vous m’en voyez désolé, mais important, car ce sont les banques et les organismes de crédit qui sont à l’origine de la crise financière. Et il convient une bonne fois pour toute d’arrêter de leur donner une tribune ! C’est de la consommation que viendra la relance, mais une consommation différente, raisonnée, peut-être plus protestante (dans son austérité parfois), en tout cas plus responsable et surtout en Cash ! Faites travailler votre argent, arrêtez de travailler pour les banquiers !

PS : calculez le coût de votre crédit ici.

8 thoughts on “Règle numéro 2 (le retour) : courage, fuyons le crédit (à la consommation)…

  1. Merci de cet exemple utilisé et analysé =)
    Je suis totalement d’accord avec vos idées, même si je ne peux pour l’instant pas mettre en oeuvre pleinement ces idées, je vous soutiens.
    Avec un peu de pub et du bouche-à-oreille je reste persuadé que votre blog finira par faire parler encore plus de lui ! ^^
    Bonne continuation.

  2. Merci pour cet article Marc ! La plupart des gens dans mon entourage ne comprennent pas pourquoi je préfère rouler dans ma vieille R21 Nevada de 1990, plutôt que d’acheter une voiture neuve à crédit. Ils ne comprennent pas davantage pourquoi je préfère économiser pour acheter la voiture neuve cash. Enfin ils ne comprennent pas davantage pourquoi je remplace une vieille voiture en fin de vie par une autre voiture presque aussi vieille. C’est pourtant de l’arithmétique pure et simple, bien expliquée ici. Et dans le cas présent, je suis de ceux à qui 20.000 km par an reviennent le moins cher.

  3. @ Jean, Merci. Donne l’adresse du billet à tes connaissances.. J’en ai d’autres en préparation sur l’investissement en bourse et la relation avec les banques… Ça pourra les intéresser…

  4. Petites remarques :
    Tradition judéo-chrétienne se définit aussi par des notions culturelles et sociétales. Même si cette déclaration était sans doute improvisée, elle n’est pas à 100% fausse.
    C’est CETELEM qui mène la barque chez LaSer, et certainement pas Mr HOUZE.
    Franchement pas d’accord avec le reste…Le crédit est essentiel à l’essor de l’entreprise et de l’économie, mais il faut être entrepreneur pour le savoir. On a trop de cholestérol à manger des graisses animales (on peut même en mourrir parait il) mais on n’ent devient pas pour autant végétarien : il en va de même du crédit. JP Morgan (protestant), Lehman (Juif), Fortis (catho et prot) et Goldman (Juif) et j’en passe sont tous des établissements dans la tourmente ou déjà dans le trou…alors franchement “pas de crédit” et “approche confessionnelle” sont deux inepties dans une même phrase.

  5. @ Bruno. Merci de votre commentaire. Malgré mon billet, je suis sur le fond d’accord avec vous. Sur la tradition judéo-chrétienne, je pense qu’il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de “honte” à faire de l’argent avec l’argent. Et que de ce fait le crédit est accepté par une très grande majorité de Français. Sur le crédit, je ne fais référence ici qu’au crédit à la consommation. Le crédit est bien évidemment nécessaire à l’économie, mais comme vous le dite, il faut être entrepreneur pour le savoir. L’utilisation du crédit pour financer des biens créateurs de valeur est bien évidemment plus que nécessaire (voir mon premier billet sur la règle numéro 2). Ceci étant, ces derniers temps de nombreux patrons de PME se sont retrouvés face à des banquiers frileux qui leur refuser des crédits qu’ils auraient acceptés il y a un an… Pour finir, j’aime bien votre parallèle avec les graisses animales et les végétarien.

  6. Pingback: Règle Numéro 2: et oui j’insiste » La crise, quelle crise ?

  7. Pingback: Les mêmes causes provoquent les mêmes effets… » La crise, quelle crise ?

Leave a Reply